Certaines personnes sont des plus inspirantes et Charlotte Forns en fait partie. À seulement 18 ans, elle a décidé de traverser le Canada en vélo en solitaire.
Voici tout ce que vous devez savoir sur son périple.
Traverser le Canada à vélo de Vancouver à Lévis
En avril dernier, Charlotte Forns a atterri à Vancouver, seule avec tout son matériel et son vélo. Elle parcourra environ 5 300km et devrait arriver chez elle, à Lévis, au plus tard à la fin juin. Entre-temps, elle pédale jour après jour, traversant une province à la fois, affrontant par moment de grands dénivelés, et aussi parfois la météo extrême de notre beau grand pays: soleil, chaleur, pluie, vent et même de la neige. Ce périple lui permet de faire de magnifiques rencontres et d’être témoin de la générosité humaine. Et même si les moments de découragement s’immiscent chaque jour, le bonheur du chemin parcouru demeure toujours.
Pourquoi un tel défi?

Charlotte est une jeune Québécoise de 18 ans comme toutes les autres et, en même temps, différente à sa façon. Elle porte en elle une enfance atypique. Elle a grandi à bord d’un voilier, Pinocchio, durant 8 ans, soit de 8 à 16 ans, avec ses parents et ses 6 frères et sœurs, ainsi qu’avec sa chienne Brume.
Ayant été plongée dans l’univers du voyage dès son jeune âge, elle a été habituée à l’aventure, aux rencontres et à la vie nomade, mais aussi aux inconforts qui y sont liés.
Depuis 1 an et demi, elle vivait à nouveau dans une maison. Elle allait à l’école, elle travaillait; mais elle avait l’impression que quelque chose lui manquait. L’idée de pédaler d’un bord à l’autre du Canada rallumait l’étincelle en elle.
Mais, pourquoi une telle idée? Charlotte porte ce rêve depuis ses 14 ans. C’est son père, entre autres, qui lui a transmis cette passion. Il a lui-même traversé le Canada à vélo, bien des années avant de partir en voilier.
Et il faut ajouter qu’une telle aventure surpasse le défi physique: «il s’agit aussi d’un travail personnel et de recherche de qui je suis. Je ressentais le besoin de passer 2 mois seule, en totale immersion avec chaque facette de ma personne afin de mieux me connaitre et mieux me comprendre. Je sentais que ce voyage m’apprendrait à lâcher prise sur ce que je ne peux contrôler, ce qui est un véritable fardeau dans ma vie sédentaire.» mentionne Charlotte.
Partir seule, à 18 ans

En rêvant de ce voyage, Charlotte s’imaginait être accompagnée. Elle a déjà voyagé en cyclotourisme avec une amie et elle a adoré. Cependant, la vie lui a fait réaliser que si elle attendait que quelqu’un veuille et puisse la suivre dans un tel périple, elle ne partirait peut-être jamais. De plus, ce défi s’avérait plus personnel. Elle souhaitait: « vivre l’expérience pleinement, sans devoir partager les décisions, le temps des pauses, les arrêts photo, la vitesse de croisière.»
Être une femme ne l’a pas non plus freinée, au contraire: «C’est aussi une façon de me prouver que je suis autonome, indépendante et capable de faire tout ce dont j’ai envie.»
Selon Charlotte, les difficultés ne sont pas plus grandes parce qu’on est une fille. Peu importe notre sexe, les défis sont les mêmes: affronter la température et le dénivelé en montagne; trouver un endroit où passer la nuit, dormir sur le sol, etc.
Le seul défi où il y a une réelle différence: aller aux toilettes! D’autant plus que dans les Prairies, il n’y a pas d’arbres pour se cacher.
Autrement, question sécurité, elle suit son instinct. Si elle ne se sent pas bien, elle part. Mais de manière générale, les gens sont gentils, accueillants et bienveillants. Peut-être même que le fait d’être une femme facilite ces rencontres.
Et lorsque je la questionne sur son âge, elle me répond tout simplement que cela n’a pas d’importance. Elle sait qu’elle possède toutes les capacités pour relever ce défi seule. Effectivement!
L’entrainement
Aucun entrainement particulier n’a été fait avant le grand départ. Charlotte se sentait prête physiquement malgré le long hiver. Elle a l’habitude d’être active, de bien s’alimenter et de faire beaucoup de vélo durant la belle saison. Alors, même si elle n’effectue pas d’entrainement spécifique, elle conserve une bonne forme physique. Néanmoins, maintenant qu’elle est sur la route, elle se dit que quelques séances de quadriceps et de fessiers lui auraient permis d’affronter plus facilement le col des montagnes.

La planification d’un voyage en vélo, avant et pendant
2 mois avant le grand départ, Charlotte a amorcé les préparatifs de façon plus intensive. Les recherches se sont accentuées afin de valider les essentiels à apporter. Les discussions avec son père qui s’y connait très bien en cyclotourisme ont permis de valider et de compléter ses connaissances. Le matériel et les vêtements nécessaires ont été achetés et son vélo a été remis à neuf.
Une semaine avant de partir, elle a analysé les routes à prendre à son arrivée et durant les premiers jours. Les bagages ont été complétés, son vélo démonté et mis en boite. Le grand moment du départ était déjà arrivé.
Rendue à Vancouver, elle a remonté son vélo et a attendu le lever du jour pour amorcer son périple, un coup de pédale à la fois.

Elle a bien sûr une date prévue d’arrivée à Lévis, mais entre les deux, tout se planifie au jour le jour.
Je ne veux rien prévoir trop d’avance, car en cyclotourisme, rien n’est prévisible et c’est très décourageant lorsqu’on n’atteint pas son objectif quotidien. (…) J’ai appris que peu importe la situation, tout s’arrange toujours d’une manière ou d’une autre. Alors, je laisse les choses aller et je vis pleinement chaque expérience, chaque doute, chaque questionnement.
— Charlotte Forns
Le voyage se planifie donc au quotidien en fonction du dénivelé et de la direction du vent. Une destination pour la fin de la journée est alors choisie, mais, sans plus.
Elle s’assure d’avoir suffisamment de nourriture et d’eau pour se rendre au prochain village et que tous ses appareils sont bien chargés. Ensuite, elle fait confiance à la vie, aux gens qu’elle croise, et surtout à elle-même.
L’alimentation au quotidien
À vélo, il est impossible de transporter beaucoup de nourriture avec soi. De façon générale, Charlotte a le nécessaire pour environ deux journées, sans plus. De toute façon, il y a des épiceries dans tous les villages, alors ça ne sert à rien d’avoir trop d’aliments avec soi. À moins d’être pris dans une tente durant deux jours à cause du mauvais temps.
La journée commence habituellement avec un gruau ou des bagels avec du beurre d’arachide. Pour le diner, une canne de chili froid mangé en bordure de la route peut être suffisante.
Elle voyage également avec un mini réchaud Rocket Pocket et un petit chaudron pour faire bouillir de l’eau.

Les pâtes ramen s’ajoutent donc régulièrement au menu, dans lesquelles une canne de thon, des avocats et du fromage peuvent y être ajoutés.
Du sel et des protéines, c’est pas mal ce dont j’ai besoin!
— Charlotte Forns
À ce menu qui n’est peut-être pas des plus variés, mais suffisant pour affronter chaque journée, s’ajoutent de nombreuses collations: barres tendres, tranches de fromage et salami, ainsi que des biscuits au chocolat pour un peu plus de motivation.
Néanmoins, lorsque la température joue contre elle: il fait froid, il pleut, il neige… un arrêt dans une chaine de restauration rapide permet de faire le plein d’énergie et surtout de se réchauffer un peu le temps d’un repas.
Les nuits en cyclotourisme

En cyclotourisme, il faut être prêt et prête à ne pas savoir où l’on dort chaque soir. Chaque journée est remplie de surprises.
Dans les Rocheuses canadiennes, Charlotte a opté pour des campings dans la plupart des cas, étant donné les dangers liés à la faune. Toutefois, à 35$ la nuit, elle ne peut se permettre cette dépense au quotidien durant 2 mois. Maintenant qu’elle est dans les Prairies et qu’il n’y a plus d’ours, elle dort où elle peut, c’est-à-dire sur le bord de la route, dans un boisé, dans la cour d’une église, bref, n’importe où, où ça ne semble pas déranger qu’elle plante sa tente le temps d’une nuit.
C’est un peu insécurisant au début, mais je vais m’y habituer.
— Charlotte Forns
À l’occasion, elle utilise Warmshowers. Cette plateforme web collaborative permet d’offrir un coin de son terrain ou une chambre d’invité à des cyclotouristes. Chaque fois, Charlotte a rencontré des gens extraordinaires.
Des peurs et des moments de découragement
Parcourir notre grand pays à vélo semble de prime abord bucolique… mais quand on y réfléchit davantage, on réalise l’ampleur du défi et plusieurs peurs peuvent surgir. Malgré tout, avant de partir, aucune pensée négative ne trottait dans la tête de Charlotte tellement le rêve et la passion la portaient. Une certaine angoisse a toutefois émergé lorsqu’elle a réalisé qu’elle allait vraiment partir seule et affronter un quotidien totalement nouveau par ses propres moyens. Celle-ci s’est vite dissipée.

Cependant, une fois sur la route, c’est la peur des ours qui a été présente chaque jour et chaque nuit durant les premières semaines alors qu’elle traversait la Colombie-Britannique et l’Alberta. Maintenant, cette peur est derrière elle.
Ce sont plutôt les moments de découragement qui font partie intégrante d’une telle aventure. Ceux-ci apparaissent presque quotidiennement, particulièrement vers 16h, alors qu’il lui reste encore de nombreux km à pédaler. Ce qui accentue le découragement: le vent de face, les côtes à monter, la chaleur, le froid, la faim, l’absence de réseau internet, les camions qui passent en trombe tout près d’elle.

À cet instant, elle voudrait arrêter là, tout de suite, et dormir jusqu’au lendemain matin. Mais, c’est impossible. Elle doit continuer. Malgré ces moments ardus physiquement et psychologiquement, Charlotte ne voudrait pour rien au monde rentrer chez elle immédiatement, ou encore n’être jamais partie.
J’aime cette aventure même quand c’est difficile! En fait, je l’aime encore plus quand c’est difficile. Quand je viens au bout de l’épreuve, le sentiment de réussite et d’accomplissement est incroyable, je dirais même addictif!
— Charlotte Forns
Une aventure accessible… ou trop dispendieuse?

Pour se lancer dans une telle aventure, il faut, bien sûr, prévoir les coûts qui y sont associés. Il faut acheter les bons vêtements, le matériel de camping, les accessoires, et surtout un bon vélo.
Pour du matériel de qualité, il faut être prêt à débourser des sommes considérables, mais heureusement, il est possible de faire des trouvailles sur le marché de la seconde main. D’ailleurs, Charlotte a pu trouver un excellent vélo d’occasion, ce qui lui a permis d’alléger le montant total de ses dépenses qui se chiffre à environ 3 000$. Il faut cependant voir ces dépenses comme des investissements, car par la suite, on n’a plus à faire ces achats pour les prochains voyages à vélo.
Ensuite, il y a le billet d’avion jusqu’à Vancouver.
S’ensuivent les dépenses au quotidien. Les nuitées dans les campings à 35$ font vite grimper les dépenses quotidiennes. Mais, autrement, ça ne coûte presque rien, si ce n’est qu’une centaine de dollars en nourriture par semaine. Sa vie en cyclotouriste ne lui coûte donc pas plus cher que sa vie à la maison.

Dans l’ensemble, le défi de Charlotte de traverser le Canada à vélo lui coûtera donc probablement moins cher que bien des voyages de quelques semaines.
À lire aussi: Savez-vous que partir 2 semaines, 2 mois ou 1 an en voyage peut vous coûter le même prix?
Est-ce que ça vaut la peine?
Je laisse les mots de la fin à Charlotte:
« Ce voyage me permet de me surpasser chaque jour et c’est exactement ce dont j’ai besoin pour me sentir vivante. J’aime les contacts humains et je n’en ai jamais eu autant que depuis mon arrivée à Vancouver! J’ai la chance d’expérimenter pleinement la générosité de l’être humain et c’est merveilleux.
Je vois toute sorte de paysages, je découvre chaque facette de ce grand pays qu’est le Canada.
J’apprends que je n’ai pas besoin de beaucoup pour vivre. Je n’ai que le strict minimum et je suis bien.
Ce n’est pas un style de voyage que tout le monde pourrait apprécier, par manque de confort, de stabilité et de sécurité. Mais moi, c’est exactement ce qui me fait vibrer. Alors oui, ça vaut la peine!»
Vous pouvez suivre ses aventures sur Instagram ou en vous abonnant à son Polarsteps.
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