Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Dès que mon fils a appuyé sur «lecture», la vidéo m’a fait grimacer.
Il y a quelques années, il m’avait discrètement filmé depuis la banquette arrière pendant que je conduisais et que je discutais avec son frère, assis à l’avant. Nous revenions d’un tournoi de tennis junior et je remettais en question ce que je percevais comme un manque d’effort.
En revoyant ces images, je me suis dit que ça aurait pu être pire. Je n’étais pas en colère, mais les regarder plusieurs années plus tard m’a donné envie de remonter le temps et de reprendre chacune de mes paroles.
Cessez de critiquer les performances sportives de votre enfant sur le chemin du retour
Plus tôt cet été, j’ai repensé à cette époque lorsqu’une entrevue accordée en 2023 par Melanie Bedard au Toronto Star sur «le trajet du retour» a refait surface. Son fils, Connor, venait d’être nommé capitaine des Blackhawks de Chicago et est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de hockey professionnels de sa génération.
«Connor disait que certains de ses coéquipiers pleuraient parce qu’ils ne voulaient pas faire le trajet en voiture avec leur père ou leurs parents», racontait-elle en évoquant ses débuts dans le hockey. «Et je me suis dit: dans toute cette machine, vous perdez de vue la chose la plus importante, soit votre relation avec votre enfant.»
«Parce que même s’ils deviennent le prochain Sidney Crosby, leur carrière se terminera probablement dans la trentaine. En revanche, vous risquez d’avoir abîmé une relation qui aurait pu durer toute une vie.»

À quel point le « trajet du retour » peut-il être néfaste?
Le «trajet du retour» est une expérience bien connue, presque un rite de passage pour de nombreux jeunes athlètes. Après un entraînement ou un match décevant, ils se retrouvent coincés dans une voiture alors que les émotions sont encore à vif.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles plusieurs enfants finissent par abandonner leur sport. Selon l’American Academy of Pediatrics, 70 % des jeunes athlètes cessent de pratiquer un sport organisé avant l’âge de 13 ans.
Lorsque j’ai proposé ce sujet à mon rédacteur, sa réaction a été immédiate.
«Je me souviens de ces trajets avec mon père», m’a-t-il dit en levant les yeux au ciel.
Dans un coin de ma mémoire, je garde moi aussi le souvenir de mon père me racontant à quel point il avait été embarrassé lorsque j’étais arrivé dernier à une course de 400 mètres dans mon école secondaire en Angleterre.
Chaque saison, des millions de jeunes sportifs rentrent à la maison avec des parents qui se demandent quoi dire, s’ils devraient dire quelque chose, et surtout comment le dire.
Une scène typique a été mise en image dans une campagne canadienne de sensibilisation de True Sport en 2016:
«Alors, ce n’était pas ton meilleur entraînement», commence le père d’un ton déçu après avoir démarré la voiture. «Quelque chose n’allait pas? Tu avais l’air distrait. On est d’accord là-dessus, non?»
La caméra révèle ensuite un jeune garçon assis en silence sur la banquette arrière.
«On aurait dit que tu préférais passer du temps avec tes amis plutôt que de t’entraîner. Peut-être qu’on devrait sauter ton prochain match. Comme ça, je n’aurai pas à me dépêcher de quitter le travail pour m’asseoir deux heures sur un banc glacé à te regarder perdre ton temps avec tes copains.»
Les reproches s’enchaînent, chacun plus blessant que le précédent.
«Perdre ton temps, c’est une chose. Mais me faire perdre le mien et celui de ton entraîneur, c’est égoïste. Peut-être que c’est simplement qui tu es.»

Quand les critiques poussent les jeunes à abandonner le sport
«La principale raison pour laquelle les enfants quittent le sport, c’est qu’ils ne s’amusent plus», explique Karri Dawson, ancienne directrice générale de la Fondation True Sport.
Selon elle, la campagne visait les parents ordinaires et bien intentionnés, qui ne réalisent pas toujours l’impact de leurs paroles.
Dans certains cas, les réactions ont été frappantes.
«Les gens me disaient : “Mon Dieu! Je n’avais aucune idée que ce que je disais ou faisais pouvait avoir un impact aussi négatif sur le plaisir que mon enfant retire de son sport.”»
Ce qui se passe réellement pendant ces trajets a même fait l’objet de recherches menées par Jeemin Kim, professeur adjoint en kinésiologie à l’Université d’État du Michigan, en collaboration avec la regrettée Katherine Tamminen.
Leurs travaux ont été publiés en janvier 2022.
Kim reconnaît qu’il existe probablement un biais d’échantillonnage, puisque les parents les plus envahissants sont peu susceptibles d’accepter que des caméras GoPro enregistrent leurs échanges après les matchs. Malgré cela, il a été encouragé par ce qu’il a observé auprès de 28 duos parent-enfant et plus de 30 heures d’enregistrements.
Tous les parents ne sont pas obsédés par la performance
«On entend souvent que les parents dans le sport jeunesse sont excessifs et qu’ils crient constamment après leurs enfants, mais ce n’est pas ce que nous avons constaté», a expliqué Kim.
L’étude révèle que 59% du temps enregistré était simplement du silence.
«Lorsque les émotions sont fortes, ce n’est pas une mauvaise chose de rester silencieux et de laisser les émotions retomber», ajoute-t-il.
Le sport n’était abordé que dans 13% des conversations enregistrées. De plus, les parents formulaient davantage de commentaires positifs sur la performance de leur enfant que les jeunes athlètes eux-mêmes.
Les chercheurs ont également interviewé les parents et leurs enfants.
«Je me souviens d’un jeune qui disait quelque chose comme: “J’adore pratiquer ce sport, mais on ne joue pas pour avoir ce genre de conversation après.”»
Et Kim d’ajouter: «Si c’est le souvenir qui restera associé au sport jeunesse, ils ne s’en rappelleront pas comme d’une expérience positive.»

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Peu de parents ont la discipline de Richard Williams, le père de Venus et Serena Williams, qui interdisait toute discussion sur le tennis pendant le trajet du retour.
Qu’elles aient gagné ou perdu, il n’y avait ni reproche ni vantardise. Son objectif était de préserver le plus longtemps possible l’insouciance de leur enfance.
Plusieurs organisations américaines considèrent aujourd’hui le retour à la maison comme un élément déterminant du plaisir qu’un enfant retire de son sport.
Même John O’Sullivan, ancien joueur de soccer professionnel et fondateur du projet Changing the Game, admet que ce n’est pas toujours évident.
Il raconte qu’il n’a pas pu s’empêcher d’aborder un sujet qui le préoccupait lorsque son fils TJ ne voulait pas jouer lors du premier match d’une équipe qu’il entraînait.
«Pendant le trajet du retour, j’ai senti le besoin d’en parler», écrit-il.
Sa femme l’a alors immédiatement interrompu.
«Sérieusement? Tu n’as pas écrit tout un livre sur le sujet?»
Une anecdote à laquelle plusieurs parents s’identifieront.
Aujourd’hui, son conseil est simple. Une fois tout le monde installé dans la voiture, dites seulement cinq mots :
«J’aime te regarder jouer.»
N’analysez pas la performance de votre enfant
La plupart des athlètes savent déjà lorsqu’ils ont mal joué. Ils n’ont pas besoin qu’on le leur rappelle.
Ils ont aussi besoin de temps pour digérer leurs émotions, et un sermon parental peut commencer avant même qu’ils aient eu le temps de comprendre ce qui vient de se passer.
Auteur de plusieurs ouvrages sur la performance et entraîneur d’équipes sportives jeunesse, Brad Stulberg connaît bien l’importance de ces moments.
«La pire chose que vous puissiez faire, c’est analyser le match», affirme-t-il.
«Même si votre enfant a très bien joué, vous lui envoyez le message suivant: “Et si je n’avais pas bien joué, serais-tu quand même heureux d’être avec moi?”»
Selon lui, les enfants veulent simplement être des enfants.
«S’ils veulent parler de ce qui s’est passé, ils vous en parleront. Mais, en général, mon expérience est qu’ils n’en ont pas envie.»
Les meilleurs trajets n’avaient rien à voir avec le tennis
En repensant aux années passées avec mes jumeaux, aujourd’hui à l’université, je réalise que nos plus beaux trajets de retour étaient ceux où nous ne parlions jamais de tennis.
Un jour, l’un de mes fils, qui commençait à s’intéresser à la musique, m’a fait écouter une chanson et m’a demandé de deviner combien de temps il restait avant la fin.
À ma grande surprise, j’ai trouvé la bonne réponse: il restait exactement 27 secondes à Wonderwall d’Oasis.
Ses yeux se sont illuminés comme si j’avais accompli un véritable tour de magie.
C’était un coup de chance. Je n’ai jamais réussi à le refaire.
Mais ce fut un moment magique.
Mes garçons ont abandonné le tennis après le secondaire et jouent aujourd’hui ensemble dans un groupe universitaire.
Lorsque la musique a pris une place importante dans leur vie, les trajets de retour après les répétitions ou les premiers spectacles étaient toujours joyeux. Nous ne parlions jamais de rythmes ratés ni de fausses notes.
C’est probablement ainsi que j’aurais dû aborder le sport, moi aussi.
Après tout, personne n’aime être critiqué pour une activité censée être agréable. Et si vous leur enlevez tout le plaisir, ne soyez pas surpris s’ils ne souhaitent pas continuer très longtemps.
Aimez simplement les regarder jouer. Et parlez d’autre chose.















