Santé

Image corporelle : délaisser sa balance pour mieux accepter son corps post-pandémie

Pour un second printemps de suite, nous entamons une phase de levée des mesures sanitaire et de déconfinement. Et malgré la lassitude de vivre avec la pandémie, il est possible qu’il ne vous procure pas autant de soulagement qu'envisagé.

Plusieurs préoccupations ont émergé chez mes patients et mes abonnés dans les dernières semaines. Parmi elles, le déconfinement de leur apparence physique trône tout en haut de la liste. Pourquoi cela peut être difficile de concilier retour de la vie sociale et inquiétudes à propos de nos corps? Je vous explique.

Déjà partie prenante de notre discours interne et nos conversations, les préoccupations à l’égard de notre image corporelle ont augmenté au sein de la population durant les divers confinements. L’épidémie mondiale a même envahi les unités de pédiatrie puisque les cas de troubles alimentaires ont explosé chez les adolescent.es. 

Désir de reprendre le contrôle dans une période où tout nous échappe, influence des réseaux sociaux, temps libre à outrance et prise de poids réelle ont créé un terrain fertile pour l’apparition ou l’intensification de l’anxiété à l’égard de son apparence physique. La pandémie s’est immiscée dans notre assiette et notre miroir, effet indirect normal, mais angoissant dans une société où le poids prend une place disproportionnée. 

À lire aussi : La neutralité corporelle : qu’est-ce que c’est et comment ça marche?

Le poids de la pandémie sur le corps

Depuis plusieurs mois, nous côtoyons un virus qui s’est vu être identifié par notre cerveau comme étant une menace permanente. Eh oui, même si vous n'avez pas l’impression de vivre un stress particulier, votre cerveau était (et est peut être encore) fort possiblement en alerte constante, en hypervigilance permanente. Vos glandes surrénales ont aussi probablement sécrété des hormones de stress en plus grande quantité, ce qui peut notamment expliquer les difficultés de sommeil de plusieurs personnes au tout début de la pandémie. 

Bref, le corps a été longtemps en mode « alerte » que nous en ayons été conscient ou pas! Et un cerveau en situation de danger potentiel, c’est assez préhistorique. Épargnons les détails neuroscientifiques plus élaborés et disons les choses simplement : le corps a emmagasiné les graisses pour nous aider à fuir une menace potentielle. Voilà donc l’une des explications de la prise de poids pandémique.

Le fait d’être souvent à côté du garde-manger ainsi que l’impossibilité d’avoir accès à nos outils habituels de gestion des émotions (par exemple. activités sportives de groupe, souper entre amis, etc.) ont également pu favoriser une prise de poids.

À lire aussi : J'ai pris du poids pendant le confinement et ça m’angoisse de revoir des gens

Dans une société où l’apparence physique aurait une place saine, nous pourrions simplement reprendre nos activités préférées de façon décomplexée, heureux et soulagés d’avoir passé à travers cette épreuve collective mondiale.

L’angoisse de s’exposer en présentiel

Mais plusieurs personnes vivent actuellement de l’anxiété à l’idée de reprendre les rencontres sociales et de retourner au bureau avec un corps changé (ou non).

Qu’est-ce que les autres vont penser? Vont-ils me juger? Me croire paresseux.se? Ai-je échoué mon confinement en n’en profitant pas pour devenir une « personne sportive »?

Quels sont vos meilleurs souvenirs d’enfance et d’adolescence? Avaient-ils un lien avec votre apparence physique? Probablement pas!

Une balance

Les pensées étant à l’origine des émotions, il est normal de ressentir de l’anxiété avec un tel discours interne! La réaction normale, saine et adaptative du cerveau devant le danger est de faire de l’évitement. Après tout, pourquoi aller confronter une menace alors qu’il est possible de tout simplement la contourner? Réflexe plus que pertinent devant un tigre affamé, une tornade ou une ruelle peu éclairée la nuit!

Cependant, dans le cas présent, l’évitement suppose de refuser ces retrouvailles si longtemps espérées et décliner des invitations qui paraissaient si alléchantes quelques mois auparavant... Est-ce vraiment ce que vous souhaitez? Vous empêcher de renouer avec vos proches, vos collègues et profiter d'un printemps « normal »?

Pour répondre à cette question, je propose à mes patients des réflexions sur leurs valeurs et ce qui est réellement important pour eux. Pour les identifier, il est pertinent de faire un voyage dans le temps : poser un regard sur le passé, mais aussi sur le futur.

Et si nos angoisses corporelles avaient tort?

Quels sont vos meilleurs souvenirs d’enfance et d’adolescence? Avaient-ils un lien avec votre apparence physique? Probablement pas! Les soirées à flâner au parc avec vos meilleurs amis, les fous rires dans les tentes de camps de vacances, votre voyage à la mer avec les grands-parents… Rien de tout cela n’a de lien avec le chiffre qui était alors indiqué sur la balance.

Et lorsque vous aurez 115 ans (oui, rêvons un peu!) et que vous dresserez le bilan de votre vie, qu'aimeriez-vous raconter à vos arrières-petits-enfants? Quelle était la taille de votre pantalon à l’été 2022? Le chiffre sur la balance? Je doute que cela ne les intéresse… Ou même que vous vous en souviendrez réellement!

En fait, une information qui ne ferait pas partie de votre biographie est probablement très peu importante…

Une femme joue dans l'eau

Je vous invite également à vous demander comment vous réagiriez à la situation suivante : une personne que vous aimez énormément refuse de vous revoir et de sortir de chez elle de peur que vous posiez un jugement sur sa prise de poids. Quel serait votre réponse? Est-ce que vous souhaitez qu’elle perde du poids avant de la revoir?! Je ne crois pas...

À lire aussi : Grossophobie : et si on changeait « poids santé » par « poids bonheur »?

Toutes ces réflexions n’enlèvent en rien l’inconfort et l’angoisse que vous ressentez peut-être en ce moment à l’idée de retourner au travail ou bien de fréquenter à nouveau les bars avec votre groupe d’amis. En fait, il est possible que rien n’enlève le malaise. Du moins pour les premières minutes de cette première exposition.

L’objectif n’est donc pas d’être confortable. Mais de le faire malgré les pensées et émotions désagréables. Pourquoi? Parce que ces réflexions vous auront sans doute permis de vous rappeler que les rires, les moments partagés et la chaleur humaine (à moins de deux mètres et sans masque!), ça a une valeur primordiale pour vous.

Je vous souhaite un printemps et un été 2022 remplis de souvenirs marquants, une saison de petits pas vers ce qui compte vraiment!