Conseils voyage

Cette famille parcourt le monde avec ses enfants avant qu’ils perdent la vue

Au moment de notre discussion, la famille Lemay-Pelletier était en escale au milieu de la jungle urbaine de Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie. Ils s’apprêtaient à visiter un parc d’attractions, pour ensuite sillonner les routes de l’île de Bornéo, mi-indonésienne et mi-malaisienne, afin d’aller observer les uniques orangs-outans dans la « vraie » jungle cette fois-ci.

Voici comment et pourquoi cette famille de Boucherville a donné le coup d’envoi à son extraordinaire tour du monde.

Remplir la mémoire visuelle des enfants

Mia, 11 ans,  Collin, 7 ans, et Laurent, 5 ans sont atteints de la rétinite pigmentaire, une maladie génétique dégénérative de l’œil pour laquelle il n’existe malheureusement aucun traitement. Ils perdent donc la vue petit à petit. Léo, 9 ans, lui, n’est pas atteint. 

« La spécialiste nous disait qu’il était trop tôt pour que nos enfants apprennent le braille, mais que c’était possible de remplir leur mémoire visuelle, au travers des livres par exemple, afin de créer une foule de références pour le futur. En l’associant à une émotion et à des sens comme l’odorat ou l’ouïe, la mémoire devient beaucoup plus riche! », partage Édith, la maman.

Les parents, Édith et Sébastien, ont alors décidé de faire les choses en grand pour leur famille! Tant qu’à se rendre en Afrique pour aller observer les éléphants et les girafes avec leurs enfants, ils se sont dit : « Allons-y all in, pourquoi ne pas partir un an autour du monde? »

Nous y allons un mois à la fois au niveau des réservations. Notre famille a fondamentalement l’esprit nomade!

Le couple partageait déjà cette grande passion pour le monde avant d’avoir des enfants, et voyager avec eux dans le sac à dos depuis qu’ils sont tout petits est comme une seconde nature. Le voyage fait donc partie intégrante de l’ADN de la famille!

Sur la bucket list d’expériences

Après avoir mis sur pied un itinéraire de rêve, débutant entre autres par la traversée de la Russie à bord du train transsibérien et en passant par la Mongolie et la Chine, Édith, Sébastien et leurs quatre enfants devaient plier bagage en juillet 2020. 

À cause de la pandémie, ils ont dû modifier le trajet des dizaines de fois. Or, en mars 2022, malgré certaines restrictions encore en place, ils ont décidé de réaliser ce rêve de tour du monde coûte que coûte.

« D’un commun accord, nous avons commencé notre périple par une destination « ouverte » au niveau des règles sanitaires - en l’occurrence la Namibie, si photogénique - et on a décidé de plus ou moins improviser à partir de là. Nous y allons un mois à la fois au niveau des réservations. Notre famille a fondamentalement l’esprit nomade! », précise Édith.

Comme les enfants sont encore jeunes pour avoir des intérêts précis pour une destination, les parents ont plutôt opté pour suivre une bucket list d’activités que chacun d’eux rêvait de réaliser. Mia souhaitait faire de l’équitation, Collin voulait voyager en train, Léo désirait « rencontrer » les Pokemons au Japon et Laurent ne pensait qu’à aller boire du jus, assis sur un chameau! Et la famille a déjà vécu tout cela, ou presque.

Avant que la pandémie frappe, Édith travaillait en logistique au sein du Cirque du Soleil. Sébastien, lui, travaillait en finance, mais a quitté son emploi. Pour l’instant, organiser les déplacements du voyage et prendre soin de leurs quatre enfants les occupent suffisamment.

Ils essaient de faire « l’école à la maison, mais sur la route ». Collin, âgé de 7 ans, apprend à lire et à écrire, donc Édith doit être à ses côtés. Les parents doivent donc trouver l’équilibre entre le moment où les enfants sont en mode écoute et où l’énergie de tous est au rendez-vous.

Se construire des souvenirs de l’Afrique à l’Asie

Depuis mars 2022, la famille ne compte presque plus le nombre d’anecdotes cocasses qu’ils leur sont arrivés et que tous aiment se remémorer : Des dunes à perte de vue de la Namibie aux immenses chutes Victoria en Zambie ; de la savane africaine du Serengeti en Tanzanie jusqu’à l’île aux épices de Zanzibar, la famille Lemay-Pelletier a traversé en premier lieu le continent africain d’ouest en est, par voie terrestre.

« Lorsque nous avons escaladé la fameuse dune 45 près de Sosssvlei en Namibie pour observer le lever du soleil, il faisait quand même froid. Les enfants ne semblaient pas trop heureux de se faire réveiller. Puis, il ventait tellement au sommet de la dune. L’une des particularités de la maladie de la rétinite pigmentaire est la sensibilité à la lumière. Donc, regarder un lever du soleil n’est pas chose facile pour les enfants. Les photos d’eux qui se cachent sous leur capuchon démontrent que ce n’était peut-être pas l’idée du siècle », mentionne Édith en riant.

Il est essentiel d’apprendre à nos enfants de focaliser sur ce qui va bien et non l’inverse.

Le plan principal en Zambie était d’embarquer pendant trois jours à bord du train reliant ce pays à la Tanzanie. Toutefois, arrivés à Lusaka, ils apprennent qu’un pont brisé empêche le train de passer. Laissés en plan au milieu de nul part, ils arrivent finalement à se dénicher un autobus local afin de parcourir un trajet de plusieurs longues heures.

L’itinéraire épique compte seulement trois arrêts toilettes dans le champ et l’achat de collations que les gens vendent par les fenêtres! Et comme si ce n’était pas suffisant, ils ont tous été malades sûrement à cause de l’eau. Mais l’histoire se termine bien : ils ont finalement réussi à rattraper le train à partir de la Tanzanie afin que Léo puisse passer la nuit à l’intérieur comme il rêvait tant.

« À la suite de nos safaris-photos au milieu de la savane du Serengeti et dans d’autres parcs de la Tanzanie, nous ne pouvions manquer l’occasion de marcher au moins autour du mont Kilimandjaro. Ce fut mémorable ainsi que le séjour sur l’île de Zanzibar, un vrai coup de cœur! En revanche, les enfants ont beaucoup moins aimé la découverte et la senteur du marché aux poissons de Dar Es-Salaam. Maintenant, ils évitent toujours les sections poissons des marchés », raconte la mère, toujours avec un sourire dans la voix.

Par la suite, la famille s’est donné la chance d’explorer la Turquie pendant un mois, à pied, à cheval et en montgolfière. 

S’en ai suivi un périple de six semaines en petite van russe au travers des steppes verdoyantes de la Mongolie, parsemées de yourtes blanches, où les nomades y vivent avec leurs troupeaux. Ils se sont même rendus jusqu’aux lacs du nord, là où l’on retrouve le peuple des Tsaatan et leurs rennes. Mia a pu finalement expérimenter l’équitation avec des chevaux sauvages, dans ce décor plus grand que nature. Ce fut un moment vraiment spécial pour tout le monde!

Ensuite, ils ont pris la route vers le sud-est pour sillonner les îles volcaniques de Bali, Java, Flores et Sulawesi en Indonésie, pendant deux mois.

Dans une autre vie, Édith était instructrice de plongée sous-marine. Elle a eu la chance de pouvoir l'enseigner à Mia à partir de l’île de Zanzibar en Tanzanie, ainsi qu’à Léo à Una Una au sein des îles Togian en Indonésie. Enfin, elle peut partager sa passion avec eux!

Ce qu’il restera de ce grand voyage

C’est encore un peu tôt pour évaluer ce que leurs enfants retiendront de ce tour du monde extraordinaire. Mais l’un des souhaits le plus chers pour Édith et Sébastien est que le voyage apporte à Mia, Collin et Laurent une certaine résilience. Ils en auront d’autant plus besoin en vivant avec la maladie de la rétinite pigmentaire. Ils vont devoir constamment s’adapter, comme leur vision va diminuer doucement, mais sûrement. 

Par ailleurs, en voyageant de façon plus modeste et rustique, il faut aussi apprendre à vivre avec un certain inconfort au niveau du transport et de la nourriture. Une foule d’imprévus peuvent arriver.

« Il est essentiel d’apprendre à nos enfants de focaliser sur ce qui va bien et non l’inverse, relève la maman. Certes, ils ont le droit d’exprimer leur mécontentement sur certaines choses, mais après il faut essayer de trouver des solutions. En vivant 24h sur 24 ensemble – en partageant même un lit à 3 à l’occasion - il faut parler des tensions, sinon cela deviendrait invivable ».

Le voyage permet inévitablement aux enfants de réaliser qu’ils sont en fait chanceux et privilégiés. De plus, construire tant de souvenirs ne peut que solidifier le lien qui unit cette famille.

Transmettre le beau

Initialement, Édith avait créé une page Facebook pour partager leurs aventures de voyage avec la famille et leurs amis. Mais, l’enthousiasme pour leur parcours a pris une ampleur incroyable. La famille reçoit désormais des demandes d’entrevues et des commentaires des quatre coins de la planète.

« Ce retour positif nous propulse à poursuivre le partage des aléas de notre voyage. Je crois que les gens ont envie d’entendre parler d’histoires positives et d’essayer de retenir le beau dans la vie ».

Pour Édith et Sébastien, c’est une question d'entraînement : ils alimentent ce qu’ils souhaitent de tout cœur.

« C’est tellement magique de voyager avec des enfants, car ils sont vraiment un pont avec les gens sur place. Le fait d’être parent prime sur le reste. Le regard que j’échange avec d’autres mamans est différent, rempli de compréhension, sans même se parler. Les gens voient le parent avant le touriste », partage la mère.

Mia, Léo, Collin, Laurent et leurs parents sont à l’heure actuelle sur les routes de l’Asie du Sud-Est. Ils ont passé Noël au Cambodge et ont découvert les fameux temples d’Angkor Wat. Le Laos, le Sri Lanka, le Japon et Hawaï leur font aussi de l’œil pour la suite…

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