Le tourisme spatial! Quelle brillante idée! Après avoir joyeusement mis la planète Terre à genoux à coups de SUV, de vols low-cost et de plastique à usage unique, voilà qu’une poignée de milliardaires illuminés ont décidé qu’il était temps d’aller jouer aux astronautes… pour le fun.
Parce qu’apparemment, observer la Terre brûler depuis l’espace, quand en plus notre vol y contribue, c’est là où nous en sommes arrivé.e.s, mesdames et messieurs.
Ces voyages cosmiques ne sont rien d’autre qu’un caprice d’ultra-riches en mal de sensations fortes et de likes Instagram.
Le commun des mortels se bat pour boucler ses fins de mois, pendant que Jeff (ou Elon ou Richard), ou en l’occurrence ici sa fiancée, s’envoient en l’air à 100 km au-delà de la surface de la Terre avec ses chums de filles, le sourire béat et la conscience écologique bien rangée sous le siège, dans un bel exercice de pinkwashing.

Mais au-delà du grotesque spectacle de ces milliardaires ou multimillionnaires en apesanteur, il y a la petite question des émissions de CO₂. Vous savez, cette broutille dont on parle parfois entre deux vagues de canicule. Un seul vol suborbital peut générer plusieurs centaines de tonnes de CO₂.
Ah, et on a failli oublier le symbole même de l’indécence: pendant que des millions de gens manquent d’eau potable ou de soins, d’autres s’offrent 10 minutes de flottement cosmique pour le prix d’un hôpital Maisonneuve-Rosemont...

Bref, le tourisme spatial est l’emblème parfait de notre époque: inutile, polluant, élitiste et parfaitement déconnecté de toute logique de survie collective.
Une époque où l’on confond progrès et caprice, où quelques ultra-riches s’amusent pendant que la planète crame, et où l’on ose appeler «aventure humaine» ce qui n’est qu’un gigantesque doigt d’honneur lancé depuis l’espace… mais pour l'« avancement des femmes » bien sûr.
«Si un vol spatial exclusivement féminin était affrété, disons, par la NASA, cela pourrait représenter l’aboutissement de plusieurs décennies d’investissements sérieux en appui aux astronautes féminines. (En 2019, la NASA a dû annuler avec embarras une sortie extravéhiculaire entièrement féminine après s’être rendu compte qu’elle ne disposait pas d’un nombre suffisant de combinaisons à leur taille.) Un vol spatial exclusivement féminin de Blue Origin ne signifie qu’une chose: plusieurs femmes ont accumulé suffisamment de capital social pour être amies avec Lauren Sánchez», comme le disait Amanda Hess dans le New York Times.
Et ces jours-ci, rappelons-le, on licencie des femmes travaillant à la NASA et on retire leur biographie officielle du site Web.
Pourquoi je vous parle de mode? Parce qu’une campagne pub qui a comme objectif de rendre le tourisme spatial accessible «pour tous» (c’est ce que la productrice Kerrianne Flynn a partagé en pleurant à la sortie de la capsule) – incluant les grandes oubliées de l’espace – doit aussi passer par le vêtement… parce que les femmes, c’est bien connu, on aime ça la guénille!
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