Le chef conservateur Éric Duhaime a appelé les Québécois à lui donner la balance du pouvoir vendredi lors de son bilan de campagne, au moment où il suscitait les railleries de ses adversaires pour avoir utilisé l’intelligence artificielle dans la rédaction d’un livre qu’il a publié juste avant le début de la campagne.
Lors de la mêlée de presse qui a suivi le bilan de sa campagne vendredi matin à Québec, Éric Duhaime a été appelé à réagir à un article du «Journal de Montréal» qui indique que son dernier livre, «Destination Autonomie», a été rédigé à 62 % par l’intelligence artificielle (IA), selon l’outil de détection Pangram.
Le chef conservateur a reconnu l’utilisation de l’IA, tout en assurant que les idées viennent de lui.
«Je l’ai dit, depuis le début de la campagne, que l’IA, pour nous, c’est important. Ça fait partie d’une réalité. Et cela étant dit, il faut que ça soit fait sous contrôle humain», a-t-il expliqué.
Il a notamment ajouté que «tout ce que vous allez trouver dans “Destination Autonomie”, comme dans mes quatre autres livres que j’ai publiés précédemment, c’est toutes mes idées, c’était tout moi qui a structuré ma pensée, et l’intelligence artificielle a été un outil parmi d’autres pour nous aider à publier ce livre-là».
Aurait-il dû le mentionner dans le livre? Le chef du PCQ n’a pas répondu directement à cette question, mais la cheffe caquiste Christine Fréchette est d’avis que son rival aurait dû en avertir le lecteur.
«Je pense que ça aurait été important qu’ils le disent d’entrée de jeu», a indiqué Mme Fréchette, de passage sur la Rive-Sud de Montréal, en ajoutant «qu’ il y a même la préface qui est à 100 % écrite par l’intelligence artificielle».
Le chef libéral Charles Milliard, qui faisait campagne en Montérégie, a réagi en se moquant du programme politique de son adversaire conservateur.
«Personnellement, je pense qu’un livre sur nos valeurs politiques, ce qu’on a dans les tripes, ça ne devrait pas essentiellement être le fruit de l’intelligence artificielle» et «j’ai l’impression que dans ChatGPT, il a demandé “faites-moi un programme politique qui va plaire aux gens, même s’il n’est pas réalisable” et “Enter” puis ça a donné ça.»
Paul St-Pierre Plamondon n’a pas manqué, lui non plus, l’occasion de commenter la situation.
«On a choisi instinctivement de mettre sur notre autobus de campagne et sur nos campagnes “le choix de la confiance”, parce que se pose, à mon avis, à cette époque-ci, la question de à “qui on peut avoir confiance quand on nous parle?” Quelle parole est fiable dans cette campagne?»
Une campagne «sous-marin»
À l’occasion de la dernière mêlée de presse officielle de la campagne, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) avait convié les médias devant un garage où deux autobus étaient garés.
L’un des véhicules arborait une pancarte du «oui» et l’autre, une pancarte du «non».
Dans une mise en scène, Éric Duhaime et la candidate Maïté Blanchette-Vézina ont fermé la porte du garage en promettant que les autobus d’une éventuelle campagne référendaire n’en sortiraient pas.
«On va être certain que l’autobus du oui et l’autobus du non, ça reste juste un fantasme de Charles Millard et de Paul St-Pierre Plamondon, et que ça devienne surtout pas un cauchemar pour les Québécois au cours des quatre prochaines années», a dit M. Duhaime.
Selon lui, le meilleur coup de sa campagne fut d’annoncer, devant le complexe G à Québec, de réduire les dépenses de l’État québécois de 47 milliards $ sur une période de cinq ans.
«Ça a marqué les esprits. Les gens ont vu qu’on était sérieux, que nos baisses d’impôt, là, c’était pas de la frime, qu’on était prêts à faire des sacrifices.»
Il s’est également félicité d’avoir mené une campagne «de sous-marin».
«Notre stratégie du départ, c’était une campagne de sous-marin. (…) Ça fait quatre ans qu’on y pense, on voulait atteindre le sommet (…) le jour des élections. Et donc, dans ce temps-là, il faut que tu sois un petit peu plus en recul, un peu plus invisible, mais tranquillement, tu montes, tu montes, puis à la dernière minute, là, tu émerges. Et c’est ce qui est arrivé, on voulait vraiment avoir le momentum à partir des débats.»
Puis, il a lancé cet appel aux Québécois: «Je demande aux Québécois de me donner la balance du pouvoir pour nous permettre, à mon équipe et à moi, d’être le chien de garde des contribuables québécois».
Un candidat qui voyait des «chemtrails»
Les dernières projections montrent que le PCQ pourrait passer de zéro à une quinzaine de députés lundi prochain.
Parmi eux, certains ont tenu des propos controversés par le passé.
En conférence de presse, le chef conservateur a été questionné sur les publications du candidat dans Arthabaska-L’Érable, Tarek Henoud, concernant les «chemtrails».
Selon cette théorie complotiste, les traînées blanches laissées par les avions ne seraient pas de la vapeur d’eau condensée, mais bien des produits chimiques épandus par le gouvernement sur la population.
Est-ce qu’un adulte qui croit que le gouvernement largue intentionnellement des produits chimiques sur la population à partir d’avions possède le discernement nécessaire pour exercer la fonction de député?
À cette question, Éric Duhaime a répondu qu’il ne «s’abaissera pas à ce jeu-là» et a demandé à La Presse Canadienne si elle avait questionné Paul St-Pierre Plamondon sur le passé d’Alex Boissonneault, adversaire de Tarek Henoud dans Arthabaska-L’Érable, «pour savoir si quelqu’un qui a passé 42 jours en prison serait un bon représentant pour la population».
Éric Duhaime faisait ainsi référence au fait que le député péquiste sortant Alex Boissonneault s’était fait arrêter en 2001, en marge du Sommet des Amériques à Québec, pour son implication dans un groupe anticapitaliste qui avait comploté pour ouvrir une brèche dans le périmètre de sécurité du sommet.







