Santé

AVC chez les jeunes adultes: les cas ont presque doublé en 30 ans

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La plupart des gens ne commencent à se préoccuper de leur santé cardiovasculaire qu’en vieillissant. Pourtant, les accidents vasculaires cérébraux (AVC), l’une des formes de maladies cardiovasculaires, sont en augmentation constante chez les jeunes adultes et leur fréquence a presque doublé au cours des trois dernières décennies, selon une nouvelle étude.

«Un AVC est une maladie très dévastatrice à tout âge. C’est particulièrement dévastateur lorsqu’il survient chez une personne plus jeune», explique le Dr David Robinson, auteur principal de l’étude publiée mercredi dans la revue médicale Neurology.

Les chercheurs ont constaté que le taux d’AVC chez les jeunes adultes est passé de 33,9 cas pour 100 000 personnes en 1993-1994 à 62,2 cas pour 100 000 personnes en 2020. L’étude a également relevé une légère hausse du nombre de personnes survivant à un AVC, ce qui laisse croire qu’un plus grand nombre de jeunes adultes vivent désormais avec les conséquences à long terme de cette condition.

«Les incapacités causées par un AVC peuvent rendre beaucoup plus difficile l’accomplissement des tâches de la vie quotidienne», explique Robinson, professeur adjoint en neurologie clinique et en médecine de réadaptation à l’Université de Cincinnati. Travailler, prendre soin de jeunes enfants ou simplement maintenir son autonomie peut devenir un défi.

«Comprendre que cela est possible, que les AVC ne touchent pas seulement les personnes âgées, mais qu’ils peuvent aussi affecter des personnes plus jeunes, et qu’il existe des moyens de tenter de les prévenir, c’est l’un des principaux enseignements à retenir», ajoute-t-il.

Voici ce que les experts recommandent aux jeunes adultes afin de protéger leur santé cardiovasculaire et de réduire leur risque d’AVC.

Les AVC ischémiques sont principalement responsables de cette hausse

L’étude s’est intéressée aux AVC chez les adultes âgés de 20 à 54 ans dans la grande région de Cincinnati et du nord du Kentucky.

Entre 1993 et 2020, les chercheurs ont recensé 2 076 premiers AVC au sein de cette population. Parmi eux, 738 cas concernaient des personnes noires (35,6 %) et 1 030 des femmes (49,6 %).

Les AVC ischémiques, soit le type d’AVC le plus fréquent, sont les principaux responsables de l’augmentation observée, selon l’étude. Ils surviennent lorsque la circulation sanguine vers une partie du cerveau est bloquée.

Les chercheurs ont également observé une hausse de plusieurs facteurs de risque au cours de cette période de 27 ans:

  • L’hypertension artérielle est passée de 47 % à 60 %;
  • Le diabète est passé de 19 % à 26 %;
  • La fibrillation auriculaire est passée de 1 % à 6 %;
  • La consommation de substances est passée de 5 % à 40 %, une hausse attribuée en grande partie à l’augmentation de la consommation de cannabis.

Toutefois, comme aucune donnée comparable n’était disponible pour les personnes n’ayant pas subi d’AVC, les auteurs ne peuvent pas conclure avec certitude que ces tendances expliquent à elles seules l’augmentation des taux d’AVC.

De plus, bien que ces facteurs de risque aient également augmenté chez les personnes plus âgées, le nombre d’AVC dans ces groupes d’âge n’a pas connu la même hausse.

«Cela fait peut-être partie de l’explication, mais je ne crois pas que ce soit toute l’histoire», souligne Robinson.

Selon lui, l’augmentation de problèmes de santé comme l’obésité et le cholestérol élevé, ainsi qu’un mode de vie plus sédentaire, pourraient aussi contribuer au risque accru d’AVC.

«Je soupçonne qu’il n’y aura pas une seule réponse à cette question. Plusieurs facteurs agissent probablement ensemble pour contribuer à cette hausse», dit-il. «Si nous voulons intervenir et réduire le problème, il faut commencer par ce que nous connaissons le mieux: diminuer les facteurs de risque cardiovasculaire.»

Robinson cite notamment le programme Essential 8 de l’American Heart Association, une liste de mesures visant à réduire ces risques. Celle-ci recommande :

  • Une alimentation saine;
  • Une activité physique régulière;
  • L’absence de consommation de tabac;
  • Un sommeil suffisant et de qualité;
  • Le contrôle du poids;
  • Le contrôle du cholestérol;
  • Le contrôle de la tension artérielle;
  • Le contrôle de la glycémie.

Il ajoute qu’il est important pour les jeunes adultes d’avoir accès à un médecin de famille ou à un professionnel de la santé qui peut assurer le suivi de ces différents indicateurs.

«Il est important de commencer à penser à sa santé cardiovasculaire lorsqu’on est jeune, parce que c’est probablement à ce moment-là que nous avons les meilleures chances d’intervenir et d’éviter de graves conséquences», affirme-t-il.

stroke in young women Young women more commonly have strokes than young men. eternalcreative/iStockphoto/Getty Images via CNN Newsource (eternalcreative/iStockphoto/Getty Images via CNN Newsource)

Une tendance qui ne surprend pas les spécialistes

Malheureusement, ces conclusions ne sont pas vraiment surprenantes et s’inscrivent dans une tendance observée dans des études antérieures, estime le Dr Christopher Anderson, chef de la division des AVC au département de neurologie de Mass General Brigham, à Boston. Il n’a pas participé à cette nouvelle étude.

«Ce qui est important, c’est que l’augmentation marquée des taux d’AVC est observée dans une population dont l’origine ethnique, le statut socioéconomique et le niveau de scolarité sont relativement représentatifs de l’ensemble de la population américaine», explique Anderson, qui est également professeur agrégé de neurologie à la Harvard Medical School.

Selon lui, cela rend les résultats plus susceptibles d’être généralisés à l’ensemble du pays.

La Dre Michelle Leppert, neurologue vasculaire au Tufts Medical Center et spécialiste des causes des AVC chez les jeunes adultes, affirme elle aussi ne pas être surprise par les résultats. Elle insiste sur l’importance d’études comme celle-ci, qui permettent de recueillir davantage de données sur cette population. Elle n’a pas participé à la recherche.

«Les chiffres bruts demeurent relativement faibles. Mais il faut commencer à investir du temps et de l’argent pour comprendre cette question. Parce qu’elle ne disparaîtra pas. Et ce problème n’est pas en voie de s’améliorer», affirme Leppert, qui est également professeure agrégée de neurologie à la Tufts University School of Medicine.

Les jeunes adultes ne devraient pas paniquer, mais rester vigilants

La Dre Leppert rappelle que les AVC demeurent des événements relativement rares chez les jeunes adultes.

Il n’y a donc pas lieu de paniquer.

Cependant, elle insiste sur l’importance des examens médicaux annuels afin d’identifier les personnes à risque. Elle souligne également que les professionnels de la santé doivent prendre conscience de cette augmentation des AVC chez les jeunes adultes afin de dépister et traiter plus tôt les facteurs de risque vasculaires.

Chez les jeunes femmes, qui sont plus susceptibles de subir un AVC que les jeunes hommes, une attention particulière devrait être portée à la tension artérielle pendant la grossesse et après l’accouchement.

Les femmes qui souffrent de migraines accompagnées de troubles visuels et qui prennent des contraceptifs contenant de l’œstrogène devraient également discuter avec leur médecin des risques potentiels.

«Les jeunes adultes doivent comprendre que, même au début et au milieu de l’âge adulte, un niveau de stress élevé, une alimentation malsaine, le manque de sommeil et la sédentarité ont des effets réels et mesurables sur le risque de maladies comme l’AVC», a indiqué Anderson dans un courriel.

«Malheureusement, le risque qui s’accumule au fil du temps n’attend pas nécessairement l’âge de la retraite pour avoir des conséquences majeures sur la santé.»

Par Taylor Nicioli, CNN.