Le racisme sexuel, c’est quoi? Pourquoi est-ce ça existe et comment cultiver des comportements sains dans son intimité? En tant que sexologue, voici quelques explications.
De plus en plus de voix s’élèvent, et notamment des voix de femmes de tous les horizons, pour dénoncer le racisme sexuel, un sujet d’actualité plus important que jamais. Ce qui était toléré autrefois pour être des « préférences » envers une couleur de peau ou un trait particulier relié à une ethnicité est aujourd’hui vivement pointé du doigt comme étant une discrimination grave.
Dans ce texte, je vais tenter de vulgariser ce concept. Je préfère vous avertir, je parle de sujets difficiles à lire comme celui des agressions sexuelles.
En espérant que cela fasse de vous un.e meilleur.e allié.e pour les personnes BIPOC [Black, Indigenous, person of color = Noir.es, Autochtones, personnes de couleur]!
Le racisme sexuel en théorie
Lorsqu’on parle de racisme sexuel, on associe les expériences discriminatoires que les personnes de couleur vivent à la sphère intime de leur sexualité.
Afin de démystifier cette définition, certain.e.s auteur.es se réfèrent à trois formes de racisme sexuel. Les voici:
- le rejet sexuel sur la base de la couleur de peau.
- le fétichisme sur la base de la couleur de peau.
- les stéréotypes ethnosexuels.
Le racisme sexuel dans l’histoire
Pourquoi ces trois comportements sont-ils considérés comme étant racistes? Parce qu’ils découlent des rapports de domination des personnes blanches sur les personnes de couleur. Ils découlent directement de la colonisation.
En fait, j’aimerais vous dire que le racisme traditionnel, souvent associé à l’esclavagisme et la ségrégation, s’est simplement transformé en d’autres formes de racismes qui continuent de marquer notre conception du monde.
Les disparités raciales sont systémiques, elles existent dans le travail, l’économie, l’éducation, la criminalité, etc. C’est donc sans surprise que la sphère sexuelle n’est pas épargnée non plus.
C’est pour cela que certaines autrices du Black Feminism lient leur maltraitance à plusieurs dimensions de la pornographie.

C’est un parallèle pertinent à garder en tête : les femmes dans la pornographie contemporaine sont souvent vues comme étant des morceaux de viande, un animal à conquérir. Cette représentation des femmes objectivées, contrôlées et dominées découlerait de la façon dont les femmes noires ont été traitées.
Je suis moins experte en ce qui concerne les nombreux autres volets historiques de la colonisation, mais si on hypersexualise les femmes asiatiques et qu’on continue de faire circuler toutes sortes de stéréotypes à propos de certaines cultures et nationalités, c’est souvent l’Histoire et les rapports de domination qui nous l’explique!
Bref, vous l’aurez compris, l’héritage colonial influence encore aujourd’hui négativement nos relations intimes.
Est-ce que la pornographie reflète des préférences ou bien est-elle connectée à des pratiques discriminatoires générales?
Dans la littérature, un des discours les plus fréquents sur la pornographie soutient que le plaisir est indéniablement connecté à des structures d’oppression, dans lequel la femme est souvent la première victime.
Cependant, une nuance s’impose! Les personnes de couleur peuvent évidemment se réapproprier leur plaisir et reprendre contrôle de leur sexualité. Certaines productions de pornographie dite « éthique » mettent en valeur des personnes racisées et queer et font toute la place à l’empowerment.
Une fois que l’on reconnaît tous ces éléments, vous vous demandez peut-être : comment entretenir une intimité saine avec mon ou ma partenaire d’une autre ethnicité?
Bonne nouvelle, il existe des pistes de solution. Si vous êtes en relation avec une personne d’une autre ethnicité que vous, je vous encourage à lui demander comment elle se positionne par rapport au racisme sexuel, à lui donner la parole et à valider son ressenti.
Rappellez-vous seulement que ce n’est pas le travail de votre partenaire de vous éduquer sur le sujet. Il est de votre responsabilité de reconnaître vos privilèges en tant que personne blanche. Le fait d’avoir un.e ami.e ou un.e partenaire de couleur ne vous empêche pas d’avoir des comportements, commentaires ou attitudes racistes. Alors, continuez d'ouvrir votre esprit et de vous intéresser au sujet du racisme!
Sources : Corneau, S. et al. (2016). Les hommes noirs de Montréal qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes et le racisme sexuel : défis, mécanismes de résilience et pistes d’intervention. Nouvelles pratiques sociales, 28(1), 125–140. Hill Collins, P. La pensée féministe noire. (2016). [traduit de l’anglais par Diane Lamoureux], Montréal, Les éditions du Remue-ménage. 479 p. Miller-Young, M. (2010). Putting Hypersexuality to Work: Black Women and Illicit Eroticism in Pornography. Sexualities, 13(2), 219–235.











