Bien-être

4 réflexes qui nous empêchent de bien contrôler la pandémie

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Connaissez-vous le concept des « biais cognitif »? Il s’agit d’une notion de psychologie fascinante, selon laquelle l’être humain se trompe souvent dans sa façon de penser ou ses raisonnements, mais sans s’en rendre compte.

Un biais cognitif est un automatisme, une sorte de raccourci que prend notre cerveau pour « simplifier » la réalité, s’en éloignant par le fait-même. Tout le monde est sujet aux biais cognitifs et les psys en ont répertorié plus de 200! Voici seulement quelques exemples de biais cognitifs :

  • Le biais de confirmation : Consiste à porter attention et à accorder de la valeur seulement aux informations qui confirment notre idée, tout en diminuant l’importance de ce qui ne s’y conforme pas.
  • Le biais de faux consensus : La tendance à surestimer le nombre de personnes qui sont d’accord ou qui partagent le même point de vue que nous.
  • Le biais d’optimisme : L’impression profonde (et fausse) que nous sommes moins sujets que les autres personnes à subir les conséquences de nos gestes et plus sujets à « nous en tirer ». On l’appelle aussi la pensée magique.

Les crises sociales, comme la pandémie de COVID-19 (mais aussi la lutte aux changements climatiques, entre autres), où les choix individuels ont un grand impact sur la collectivité, font particulièrement ressortir les biais cognitifs. Le problème dans ce genre de situation, comme celle que nous vivons actuellement, c’est que ces biais cognitifs nous empêchent souvent de prendre les bonnes décisions, celles qui pourraient permettre de mieux contrôler la pandémie.

Et ce n’est pas nécessairement un reproche, plutôt une constatation : ces biais cognitifs sont parfois si ancrés en nous qu’ils nous demandent d’aller à l’encontre de nos réflexes de base… Mais dans le contexte de la pandémie, ces derniers contribuent néanmoins à la propagation du virus et fragilisent la société/le système.

Voici quelques manières dont certains de nos biais cognitifs ont une influence sur la pandémie de COVID-19.

 

1. L’absence de rétroaction immédiate

L’apprentissage de beaucoup d’activités et de comportements humains sont liés à une rétroaction rapide. En effet, si quelqu’un se brûle en faisant couler de l’eau trop chaude, il est à parier que cette personne va faire beaucoup plus attention les prochaines fois et que cet incident n’arrivera plus.

Toutefois, le contraire est aussi vrai et il influence tout autant nos réactions. En effet, bien des comportements dangereux n’amènent pas nécessairement de rétroaction, ou en tout cas celle-ci prend beaucoup plus de temps avant de se manifester. Il en va de même pour la COVID-19. Si vous transgressez les règles en participant une fois à un rassemblement intérieur mais que vous n’attrapez pas le virus, un biais cognitif pourra faire son apparition. Il sera en effet facile de penser : « Ce n’est pas dangereux finalement, je n’avais pas besoin de m’en faire! »

Mais si vous continuez à adopter ce comportement, les probabilités font que tôt ou tard, la chance ne sera pas de votre côté. Sauf que ce délai dans la rétroaction (ou l’absence de celle-ci) peut pousser beaucoup de gens à rationnaliser des comportements qui ne sont pas sécuritaires.

 

2. Des choix individuels qui nous nuisent collectivement

Nous avons souvent tendance à penser que ce qui est bon pour nous l’est aussi pour la société en entier, et vice-versa. Par exemple, que si aller au gym nous manque beaucoup en ce moment, alors ça signifie que « rouvrir les gyms et les salles d’entrainements serait la bonne chose à faire ».

Même chose pour les rassemblements : bien sûr qu’organiser un petit rassemblement entre personnes qui n’ont pas de gros facteurs de complications ne représente pas un risque « inacceptable » pour la plupart des gens.

Mais le truc, c’est que si tout le monde se dit la même chose et tient ce type de rassemblement, la transmission du virus va inévitablement s’accentuer. Et qu’ainsi, le risque de contracter le virus va augmenter autant au niveau individuel que collectif, avec les conséquences qu’on peut imaginer sur le système de santé.

 

3. Un danger pas si concret

Un des traits les plus profondément humains, c’est une certaine difficulté à craindre quelque chose qui est invisible. Nous possédons en effet plusieurs mécanismes physiques et psychologiques pour faire face à un danger réel : une attaque ou un désastre naturel, par exemple.

Évidemment, on ne peut pas voir le virus qui cause la COVID-19. Les particules infectées qui se promènent dans l’air ne sont tout simplement pas visibles à l’œil nu! Et malheureusement, ce réflexe nous nuit. Tant que la COVID ne nous aura pas affecté personnellement (ou n’aura pas ébranlé notre entourage), nos biais cognitifs nous poussent à la sous-évaluer.

Ce n’est pas pour rien que les témoignages de membres du personnel de la santé qui « sont au front » sont si alarmants : eux ont vu, à répétition, les ravages que peuvent provoquer ce virus encore peu connu et pas du tout maîtrisé! Il est d’ailleurs fréquent de voir des gens qui, une fois malades, ont complètement changé d’avis sur la gravité de la pandémie… Il en est ainsi parce que le danger, une fois devenu concret, les a poussés à mettre de côté leur biais cognitif.

 

4. Le fameux biais d’ancrage

Le biais d’ancrage, c’est un type spécifique de biais cognitif voulant que la première information que l’on reçoit sur n’importe quel sujet demeure « la plus importante » à nos yeux, la valeur de référence en quelque sorte. Et ce, même si le contexte change, que la situation évolue ou demande son lot de nuances.

On a vu beaucoup des effets négatifs de ce biais à l’œuvre depuis le début de la pandémie! Les premières opinions, relayées sur les réseaux sociaux, voulant par exemple que la COVID-19 n’était « pas plus grave qu’une grippe » ont continué d’influencer bon nombre de gens… Qui poursuivent leurs efforts systématiques de minimiser les effets du virus, peu importe le nombre de faits, de chiffres, d’explications d’experts et de connaissances qui se sont ajoutées ou se sont précisées depuis.

Même chose pour les masques : le biais d’ancrage peut expliquer en bonne partie la réaction de ces gens qui n’arrivent tout simplement pas, même après des mois, à passer par-dessus les lignes directrices initiales mitigées et contradictoires sur le port de ce dernier.