Difficile de nier que les tenues de sport des athlètes féminines sont souvent courtes, hypersexualisées et ne satisfont généralement pas les femmes qui les portent… mais plutôt le male gaze.
Le male gaze, c’est quoi? C’est le regard dominant de la société, celui de l’homme hétéro, que toutes les industries ou presque nous forcent à adopter sans cesse. C'est un regard qui objectifie les femmes pour le plaisir du spectateur et place le sujet en position d'inferiorité, de vulnérabilité, de disponibilité sexuelle.
Alors, pourquoi continue-t-on à forcer les sportives à porter du linge dans lequel elles ne sont pas à l’aise? Les sportives ont-elles besoin d’être presque nues pour intéresser le public? La bonne nouvelle, c’est que les voix s’élèvent contre ce sexisme.
J’ai récemment eu un petit pétage de coche concernant les femmes et la santé mentale. Lorsque je relatais ce qui était arrivé à Naomi Osaka, et j’étais loin de me douter que je brûlerais de rage, à nouveau, pour un sujet semblable, et ce, à seulement quelques semaines d’intervalle.
Il n’y a pas si longtemps j’écrivais : « malgré toutes les batailles que l’on gagne au nom du féminisme, j’ai toujours l’impression que lorsque l’on avance d’un pas, on en recule de deux ». En ce moment, j’ai plutôt l’impression que l’on a reculé de 1000 pas tellement je suis outrée et scandalisée des récents événements concernant le code vestimentaire dans le sport féminin.
Pour être honnête, c'est assez récemment que j'ai commencé à m'intéresser à l’hypersexualisation des athlètes féminines. N’étant pas moi-même une grande sportive, je me disais que ma connaissance sur le sujet n’était pas assez approfondie. Toutefois, lorsque l’on parle de doubles standards, fans de sports ou non, je crois que l’on doit tous se faire le devoir de s’insurger contre l’incohérence et l’oppression.
Le handball se joue obligatoirement en bikini.... apparemment
En résumé : l’équipe de handball norvégienne a reçu une amende d’environ 2600$ pour avoir disputé leur match contre l’Espagne en shorts plutôt que dans leur bas de bikini habituel. Quelques jours plus tard, la chanteuse P!nk s’est offerte via un tweet de payer leur amende! Car oui, c’est illégal pour ces sportives professionnelles de jouer dans ce qui leur semble le plus approprié pour leur performance.
Interviewée par Fox News, la gestionnaire de l’équipe de France de beach handball Valérie Nicolas affirme que l’équipe de France a perdu plusieurs joueuses à l’internationale, et ce, spécifiquement à cause du code vestimentaire obligatoire. Selon ses dires, les joueuses se sentent nues et observées. Et avec raison.
Les recherches pointent également en ce sens, les jeunes femmes qui ne sentent pas confortables dans leur uniforme sportif sont plus susceptibles d’abandonner la pratique de leur sport. La preuve que l'impact de ces tenues est global.
Personnellement, c’est comme si on m’obligeait à sortir mes poubelles en sous-vêtements sur une rue passante à l’heure de pointe, ça ne fait aucun sens. Mon exemple est peut-être tiré par les cheveux, mais l’attirail et l’action en tant que telle n'ont aucun lien, ET C’EST ÇA LE POINT. On prive les femmes du plaisir que peut procurer le sport en les réduisant à des objets du male gaze et les femmes n’en peuvent plus de se sentir scruter pour les mauvaises raisons.
Autre question : pourquoi, au football américain, on s'intéresse davantage aux sportives qui jouent en sous-vêtements ultra sexy dans le cadre de la Lingerie Football League (devenue Xtreme Football League) qu’aux athlètes de la Women’s Football Alliance, pas mal habillées de la tête au pieds? Oui, c’est une question rhétorique.
Le double standard est encore une fois difficile à nier ; leurs homologues masculins n’ont pas de ligue nationale spécialement créée pour faire du foot les fesses et le nombril découverts.
Sexy, mais seulement quand c’est les autres qui décident
Et ce n’est pas tout. Il y a également l’athlète paralympique de saut en longueur Olivia Breen qui est actuellement au centre de la controverse. Dans les faits, Breen s’est fait dire par une officielle que son short de compétition était trop révélateur, lui suggérant par la bande de le changer.
Encore une fois, la même question se pose : et si c’était un homme qui avait porté un short « trop révélateur » est-ce qu’il aurait eu droit au même traitement? Breen a partagé sa frustration en tweetant sur l’événement. Elle a d’ailleurs rempli une plainte contre l’officielle en question mentionnant qu’elle aimerait qu’il y ait davantage d’éducation sur les raisons pourquoi une remarque de ce genre est inacceptable.
Se déshabiller ou se rhabiller? On dirait que les femmes sont traitées comme des poupées de chiffon.
Je crois que le message est clair : le confort et les désirs des athlètes devraient primer sur tout ; sur la féminité qu’on leur demande de performer, sur l’attention médiatique, sur l’appréciation du spectacle, etc.
En 2004, le président de la FIFA Sepp Blatter disait : « les femmes devraient avoir des shorts plus serrés pour créer une esthétique plus féminine et ainsi augmenter la popularité du sport ». Et c’est exactement ça l’origine du problème : le male gaze ; le regard masculin hétérosexuel qui domine et oppresse.
Il me semble que c’est faire usage de son gros bon sens que de laisser ces sportives parler d’elles-mêmes ET d’entendre leurs insatisfactions, leurs préoccupations.
Pour conclure, malgré le fait que ces événements me choquent profondément, je suis tout de même optimiste qu’un changement de mentalité est en train de s’opérer sur le long terme. Les réflexions sexistes et les règles archaïques n’ont plus leur place en 2022.
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