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Voici le «cluttercore», la tendance déco maximaliste de l’heure

Depuis des années, le minimalisme est à la mode. Et il a bien des avantages à ça: ne pas arriver à de l’accumulation maladive, éviter la surconsommation, sauver des sous ainsi que des ressources qui taxent notre planète…

Dans mon cas, le minimalisme (ou plutôt l’absence d’encombrement) est plus une valeur par défaut qu’un grand effort de discipline à faire. Le trop-plein et le désordre embourbent mon esprit depuis toujours. Ça m’empêche de penser, de relaxer, de fonctionner.

Sauf que le truc c’est que nous avons tous des fonctionnements différents et que je suis bien consciente que pour certaines personnes, c’est un intérieur parfaitement sobre et rangé qui donne plutôt froid dans le dos!

C’est pourquoi j’ai trouvé très intéressant le phénomène du «cluttercore», la nouvelle esthétique du joyeux désordre maximaliste.  Clutter = encombrement et core comme suffixe pour signifier l’appartenance à un groupe ou un sous-genre particulier.

Le minimalisme est terminé. C’est le temps de remplir nos maisons à rabords avec des choses qu’on aime!

C’est quoi le « cluttercore »?

Comment pourrait-on décrire le «cluttercore»?  D’abord, c’est l’antithèse assumée du minimalisme. Selon @spirituelgirl sur Twitter, il s’agit «d’un intérieur rempli, d’un ''désordre organisé'', d’un endroit rempli de personnalité et où on se sent bien, comme si on était entouré d’un gros câlin».

En gros, la tendance ou l’esthétique du «cluttercore», c’est d’avoir un fouillis dans lequel il y a un certain ordre, où tout a sa place. C’est juste qu’il y a beaucoup de choses qui compétitionnent pour cette place!

Les gens qui adorent cet esthétique le décrivent un peu comme le sentiment doux et confortable qu’on ressent lorsqu’on met les pieds dans une boutique d’antiquités remplie de vieux trésors.

Le site Buzzfeed a même fait toute une prédiction à cet effet: «Le minimalisme est terminé. C’est le temps de remplir nos maisons à rabords avec des choses qu’on aime!!!»

Cluttercore

Un autre effet de la pandémie

Les intérieurs encombrés au max ont toujours existé, mais disons qu’auparavant, ils n’auraient pas exactement été célébrés ou pris comme des modèles. Sauf que les 15 derniers mois passés à la maison ont causé un gros décalage par rapport à notre vie d’avant… et notre rapport à notre intérieur.

Jennifer Howard, auteur d’un livre intitulé Clutter, an Untidy History, explique qu’en ce moment, les gens ont vraiment plus tendance à avoir une approche «d’auto-apaisement» ou d’auto-réconfort, jusque dans leurs appartements et leurs maisons. 

«On veut se sentir en sécurité, on veut se sentir confortable, on veut se sentir protégé et qu’on prend soin de nous… En gros, on veut littéralement se construire un cocon.» Elle ajoute qu’un «certain sens de l’abondance semble très attirant à l’heure actuelle, étant donné que nos vies sont devenues tellement plus limitées.»

Les réseaux sociaux ont propulsé le mouvement, avec plus de 13 millions de vues sur le mot-clic #cluttercore jusqu’à maintenant, ainsi que plus de 7 500 mentions sur Instagram.

À lire aussi: est-ce que la pandémie remet en question le minimalisme?

 

Un désordre créatif

Attention, le cluttercore ne signifie pas que le bordel est pris dans la maison! Dans les intérieurs «cluttercore», il n’y a pas de vêtements ou de vaisselle sale qui trainent, pas de piles de choses qui s’accumulent, pas d’apparence de négligence ou de malpropreté. Ça n'a rien à voir non plus avec le hoarding, cette accumulation maladive. 

Au contraire, ce qui saute aux yeux, c’est qu’il y a un certain sens dans le chaos, une certaine approche délibérée dans ce fouillis, ce que Howard qualifie de «désordre créatif».

Ce qu’on voit plutôt, ce sont des décors riches, foisonnants, éclectiques, avec une absence de coordination exubérante. Ce qui inspire cette tendance, c’est la joie de vivre, ou plutôt le petit bonheur quotidien des choses qui ont une histoire et une signification, dont on a pris soin avec amour pendant des lustres.

Il y a certainement une science et un talent à créer un intérieur «cluttercore» parfait: il faut que rien n’aille ensemble, mais que tout ait l’air désirable et digne d’attention. C’est une tendance pour les collectionneurs et les amoureux des objets, pas pour ceux qui n’arrivent tout simplement pas à garder le dessus sur le désordre! On est encore dans l’aspiration plutôt que dans le train-train quotidien, mais au moins ce modèle d’inspiration semble plus facile à atteindre et plus réaliste.

À quoi ressemble un intérieur «cluttercore»

Cet esthétique ne se limite pas un seul style, comme le victorien cité ci-dessous, par exemple. Certaines personnes pratiquent le «cluttercore» vintage, kawai japonais, ou encore moderne. Mais il y a définitivement quand même des fils conducteurs! En voici 5.

1. Les murs remplis

Dans le genre, si tout l’espace vertical n’est pas rempli, il y a quelque chose qui cloche. Chaque petit bout d’espace est vu comme une possibilité de présenter quelque chose au monde: un artiste, un style, une couleur, une image bien-aimée.

2. L’esthétique «grand-mère»

Ma propre grand-mère habitait à Arvida dans une fabuleuse maison radicalement moderne et remplie d’objets mid-century qui me font saliver aujourd’hui, mais ce n’est pas ce style dont je veux parler ici.

L’esthétique grand-mère fait en effet fureur sur TikTok: tasses à thé fleuries en porcelaine, vases avec des bouquets de fleurs séchées, bibelots et figurines de toutes sortes, assiettes commémoratives exposées au mur, collections de mini-cuillères, souvenirs de voyage kitsch, abats-jours vieillots, coussins en tricot ou en velours, accents en broderie ou en dentelle… C’est l’essence du «cluttercore».

3. Les livres

Alors que Marie Kondo suggérait de se débarrasser de tous les livres qui n’apportaient plus de joie (!), le cluttercore dicte plutôt la surabondance de ces objets de savoir et de divertissement. Plus il y a de livres partout, mieux c’est. Une maison remplie de livres, c’est vrai que c’est toujours plus agréable qu’une maison où il n’y en a pas.

4. Les styles victoriens et edwardiens

Bref, tout ce qui aurait fait sentir Sherlock Holmes à l’aise est un gage d’un intérieur «cluttercore» réussi! Clairement, ces intérieurs chargés, ornés de tapisseries, avec des boiseries, des fauteuils au style formel, des draperies et des couleurs plus sombres rappellent instantanément l’Angleterre d’une certaine époque. On peut noter une tendance gothique également.

5. Des plantes à profusion

Dans le genre de ce qu’on voyait dans les années 70, et non de la tendance Instagram des dernières années, avec un décor comptant un seul figuier lyre (acheté au gros prix et qui mourrait quelques semaines après la photo). Ce qu’on souhaite atteindre, c’est plutôt une jungle plus anarchique constituée de plantes araignées hors de contrôle, de noyaux d’avocat en train de germer, de boutures diverses dans des contenants déparaillés.